Sylvia Plath : The bell jar [La cloche de détresse]
The Bell Jar, ou La Cloche de détresse dans sa traduction française, est le singulier roman de l’autrice américaine Sylvia Plath. Fiction intime dans une certaine mesure, il affiche sans détour et non sans humour l’altération du bien-être psychique de son personnage central, Esther Greenwood — l’ouvrage paraissant lui-même quelques semaines avant le suicide de la femme de lettres en 1963.
Esther devrait pourtant exulter. À dix-neuf ans, elle obtient une bourse pour étudier à l’université et, à la faveur de ses talents d’écriture prometteurs, remporte un prix qui l’extrait de sa ville ainsi que de sa condition pendant un mois. Durant un mois en effet, l’opportunité lui est donnée d’affiner sa plume pour le compte d’un magazine de mode situé dans la trépidante métropole de New York.
À cette percée, se joint regrettablement une entrave. Une sorte de cloche en verre enserre peu à peu l’esprit d’Esther. Elle ne le protège pas, tant s’en faut : l’étreinte diaphane séquestre et tient lieu de caisse de résonance aux idées d’autodestruction. “To the person in the bell jar, blank and stopped as a dead baby,” pèse avec gravité la protagoniste, “the world itself is the bad dream” (environ p.227). La souffrance qu’éveille cette captivité invisible générera l’incompréhension de son entourage, un écart de trajectoire, tout comme une réponse médicale des plus controversées.
On reste difficilement insensible à la voix brisée d’une jeune fille aux prises avec une santé mentale capricieuse que la société patriarcale d’hier et d’aujourd’hui veut inaudible. On demeure péniblement indemne face à une telle vulnérabilité.
Laura Gerday
Centre d’Enseignement et de Recherche en Études Postcoloniales
Sylvia Plath, The Bell Jar, Harper Collins, 2026, 256p.
Sylvia Plath, La cloche de détresse, Trad.(anglais) Caroline Bouet, Denoël, 2023, 318p.
