Antonio Tabucchi : Il filo dell'orizzonte [Le fil de l'horizon]


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© Feltrinelli & Folio

Publié en 1986, Le fil de l’horizon d’Antonio Tabucchi s’inscrit dans le climat troublé des années du terrorisme des Brigades rouges. L’inspiration du roman provient d’un fait réel : un brigadiste tué par la police lors d’une opération resta sans identité pendant six jours. À partir de cette image suspendue — celle d’un corps privé de nom, oublié de tous — Tabucchi construit l’un de ses romans les plus énigmatiques et les plus troublants.

Le protagoniste, Spino, travaille à la morgue d’une ville jamais nommée, mais dont l’atmosphère évoque Gênes : ruelles humides, port, brouillard et silences. Un soir, le corps d’un jeune homme tué dans des circonstances obscures y est amené. Aucun document, aucun indice, personne pour le réclamer. Il s’agit d’un mort anonyme, destiné à disparaître rapidement dans l’indifférence générale.

Pourtant, quelque chose dans ce corps trouble profondément Spino. La véritable rupture survient lorsque sa compagne, Sara, observant le cadavre, lui dit : « Avec vingt ans de moins, cela pourrait être toi. » À partir de ce moment, le jeune inconnu cesse d’être un simple cas à identifier pour devenir un miroir. Dans le visage du garçon, Spino entrevoit sa propre précarité, la possibilité de se dissoudre sans laisser de trace, de devenir lui aussi un nom perdu.

L’enquête s’écarte alors immédiatement des codes du roman noir traditionnel. Tabucchi ne s’intéresse pas à la résolution de l’énigme, mais à ce que l’énigme produit : le désarroi, l’obsession, la perte de repères. Plus Spino cherche à restituer une identité au jeune homme, plus il semble s’éloigner de la sienne. Tout, dans le roman, apparaît suspendu et insaisissable : les dialogues, les espaces, jusqu’au temps lui-même. La ville semble évoluer dans un brouillard permanent, comme si la réalité était toujours sur le point de se dissoudre.

Tabucchi vide le roman noir de l’intérieur et le transforme en une réflexion sur l’identité et sur la peur de l’anonymat. Le fil de l’horizon n’offre pas de véritables réponses ; il laisse plutôt subsister un sentiment d’inquiétude subtil et persistant, comme quelque chose qui continue d’échapper au regard. À l’image de l’horizon évoqué dans le titre, la vérité demeure lointaine, inaccessible, toujours sur le point de disparaître.

Gaia Paniati
Littérature et culture italiennes modernes et contemporaines

Antonio Tabucchi, Il filo dell'orizzonte, ‎Feltrinelli, 2014, 107 p.
Antonio Tabucchi, Le fil de l'horizon, Trad. (italien)  Bernard Comment, Folio, 2006, 110 p.

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modifié le 17/06/2026

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