Abdellah Taïa : Le bastion des larmes
Le roman nous plonge dans le dédale de Salé, ville marocaine traditionnelle à un jet de pierre de Rabat la capitale, mais si différente. Youssef, professeur exilé en France, revient à Salé pour vendre l’appartement familial. Il y retrouve ses six sœurs adorées avec qui, enfant, il partageait tout. Ses sœurs insoumises, flamboyantes, qui ne voulaient pas se couler dans le moule des « femmes comme il faut » et qu’il ne reconnaît plus. Avec le temps, elles se sont mariées, rangées du côté du pouvoir, de la tradition, de la culture. Une culture de la dissimulation qui condamne l’homosexualité et ferme les yeux sur le viol toléré, quasi institué, des petits garçons au hammam, au nom du respect dû aux anciens. L’auteur entremêle habilement images du présent, déambulations dans Salé, retour en des lieux symboliques chargés d’histoire (dont le fameux Bastion des larmes) et plongées dans le passé douloureux de Youssef et de son amant. Le récit est poignant, l’écriture poétique, incisive, brute.
Dominique Lafontaine
Sciences de l'éducation
Abdellah Taïa, Le Bastion des larmes, Folio, 2026, 208 p.
