Eugène Ionesco : Le roi se meurt
Aviez-vous déjà imaginé l’heure dernière d’un roi ?
Quand il apprend qu’il va mourir « à la fin du spectacle », le roi Bérenger Ier se prend à rêver d’empire, de pot-au-feu, de femme, d’immortalité.
« Qui donc a pu donner des ordres pareils sans mon consentement ? […] Je mourrai quand je voudrai, je suis le Roi, c’est moi qui décide. »
Nous aurions aujourd’hui l’embarras du choix de la mise en scène pour recréer la mécanique désopilante d’Eugène Ionesco. Lequel de nos puissants se livrerait le mieux à l’exercice ? Lequel verrions-nous prononcer en toute solennité : « Que tous meurent pourvu que je vive éternellement même tout seul dans le désert sans frontières » ?
Et cependant, à travers le feu nourri des répliques et l’espace scénique qui se vide – reine, garde, domestique, médecin s’éclipsent l’un après l’autre ; portes et fenêtres se volatilisent – Ionesco obtient de cette parabole ridicule un portrait inconsolable de l’humanité. Colère, désarroi, solitude, impuissance, l’heure dernière nous met en demeure de renoncer, d’abdiquer. « Tout le monde est le premier à mourir », déclare la reine Marie. Comment Ionesco remet la balle au centre du terrain de jeu de l’existence humaine.
L’oeuvre théâtrale d’Eugène Ionesco est sans aucun doute à (re)découvrir. Avis aux metteurs en scène !
Magali Claeskens
Linguistique, Littérature et Traduction
Eugène Ionesco, Le Roi se meurt, folio, 1973, 160p.
