Clemens Meyer : Als wir träumten [Quand on rêvait]
Alors… Oui, je sais ce que vous vous dites en voyant cette couverture à l'allure farouche, mais non, il ne s'agit pas d'un roman de boxe ! Cependant, si violence et criminalité font avancer l'intrigue, c'est parce que Clemens Meyer (* 1977 à Halle/Salle, RDA) plonge son lecteur dans un combat métaphorique entre une jeunesse désespérée et les circonstances d'un milieu dont elle semble incapable de s'extraire. Ainsi, le récit dépeint de manière implacable le quotidien d'une bande de jeunes adolescents grandissant à Reudnitz, l'un des quartiers les plus mal famés de Leipzig dans les années nonante. Quand on rêvait (all.: Als wir träumten, 2006) aborde des thèmes très sombres, mettant en avant les ravages de la consommation d'alcool et de drogues, la déliquescence des liens familiaux, mais aussi une violence omniprésente qui imprègne tous les aspects de leur existence, que ce soit dans leurs affrontements avec la police ou leurs incessantes bagarres avec d'autres groupes de jeunes.
Si le roman sonde les abysses de la condition humaine, il s'aventure également dans la psychologie d'une génération cherchant à survivre face au vide écrasant du quotidien, quand bien même son destin semble avoir été scellé d'avance. Meyer ne concède ni épiphanie ni rédemption ; il place son lecteur face à une réalité crue et complexe. C'est précisément ce qui rend ce roman digne d'être lu : en s'attaquant à des thèmes profondément humains avec une brutalité assumée, il contraint à la réflexion autant qu'il la nourrit.
Maurice Kleijnen
Langues et lettres germaniques Allemand/Anglais
Clemens Meyer, Als wir träumten, S. Fischer, 2007, 527 p.
Clemens Meyer, Quand on rêvait, Trad (allemand) Alexandre Rosenberg et Sven Wachowiak, éditions Piranha, 2015, 535 p.
