Pascal Leclercq : La pharmacie


Leclercq-pharmacie

© Do éditions

Pascal Leclercq est poète avant tout. Un poète charnel, organique, qui se plait à pétrir la langue, et souvent le pain du poème fermente chez lui au levain du rêve. Depuis Torino, paru à l’Arbre à Paroles en 1999, il a publié une vingtaine de recueils et plaquettes, ainsi que de nombreux poèmes affiches où il se confronte à la matérialité du signifiant. Il a fondé les ateliers d’impression Poésie Pur Porc, au sein desquels se développent les éditions du Boustrographe et la revue Boustro, et, avec sa presse, il anime régulièrement des ateliers de typoésie.

Son dernier livre, La pharmacie, est cependant d’une autre farine. Pas seulement parce qu’il s’agit d’un récit autobiographique, le seul texte du genre que l’auteur ait publié jusqu’ici, qui relève donc forcément du registre narratif, mais parce que son écriture, dans son souci manifeste de décrire le plus précisément possible le sens d’une expérience vécue par le moyen d’ajustements successifs, semble s’ancrer plutôt dans une pratique philosophique que poétique : en l’occurrence, la phénoménologie. Et voilà l’occasion toute trouvée pour rappeler que Pascal Leclercq a obtenu une licence en philosophie à l’Université de Liège, après une année « Erasmus » passée à Turin à la découverte (notamment) de l’oeuvre de Gramsci et des finesses de la langue italienne – ce qui l’a conduit par la suite à faire également œuvre de traducteur.

Mais reprenons les choses depuis le début. À la suite du narrateur, enfourchons notre bicyclette à la nuit tombée pour regagner nos pénates. La soirée avec des amis fut des plus stimulante. Une brise légère nous accompagne sur le chemin de campagne qui doit nous ramener à Liège. Nous éprouvons une forme de bonheur qui se traduit par une adhésion au mouvement qui nous emporte, à la machine qui nous propulse, avec laquelle nous faisons corps, à moins que ce soit elle qui s’encorpore à nous :

« C’est peut-être essentiellement à cela que je pensais sur mon vélo : à la viscéralité des choses, au fait que les choses sont, à un moment donné de l’existence, assez ancrées dans la chair pour être attachées, voire assimilées à nos tripes, qu’elles sont devenues tellement proches de l’intérieur du corps, qu’elles en font désormais partie intégrante (...) »

Phrase après phrase, un coup de pédale après l’autre, nous avançons dans la nuit, dans le partage d’une expérience intime, une expérience de vie et de conscience à la fois, jusqu’au moment où nous débouchons dans la rue où se trouvait la pharmacie des grands-parents, terre d’enfance du narrateur. S’amorce alors une autre balade, à travers le temps et les souvenirs, au sein d’une famille de la classe moyenne à la fin des années 1970, dans la région liégeoise. Une entreprise de restitution du passé qui va de surgissements en démembrements et dont l’écriture, toujours sensuelle et sensible, s’efforce de rendre compte avec la plus grande rigueur, dans une syntaxe toute en méandres et ressassements propre à cerner au plus près :

«  Cet état inconstant de la mémoire, où le doute semble se jeter comme un rapace sur chaque certitude avant que les certitudes ne reprennent le dessus pour passer les doutes à la moulinette, ce va-et-vient continu entre ce que je sais, ce que je crois savoir, ce que j’ignore, ce que je sais ignorer (…) et toutes les nuances par lesquelles passe la réminiscence avant de n’étre plus que matière à soupçon (...) »

Pour notre part, ce dont nous pouvons être certain, au terme de notre parcours de lecture, c’est que La pharmacie est un texte magnifique, et d’une probité rare.

Carmelo Virone
Écrivain, Alumni Faculté de Philosophie et Lettres

Pascal Leclercq, La pharmacie, Do éditions, 2026, 115 p.

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modifié le 16/06/2026

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