Hélène Zoler : La nuit des cochons
À la foire du livre de Bruxelles, j’ai découvert la couverture de ce roman qui m’a tout de suite intriguée. Le synopsis m’attirait, une histoire de secret, une violence larvée, un milieu rural, mais c’est la rencontre avec sa symathique autrice qui m’a décidée à l’acheter. Et j’ai eu la chance d’être la destinataire de sa première dédicace à une inconnue.
Le roman d’Hélène Zoler nous cueille directement, en nous plongeant dans la folie d’Agnès. Alors qu’elle se meurt dans un hôpital, la cinquantenaire fait appeler son frère Julien à son chevet, qui s’y rend sans trop savoir ce qu’il fait là, lui qui a pris la décision de couper les ponts avec sa famille trente ans auparavant, de se protéger de la violence et des secrets qui la gangrènent. La vision d’Agnès, qui ne le reconnait pas, les reproches incessants de sa grande sœur Faustine, martyre sacrifiée sur l’autel familial, renvoient Julien à sa jeunesse dans les années cinquante. Dans la ferme de ses parents, nul amour, nulle compassion. Seulement le travail, rythmé par la mise à mort des cochons, événements traumatiques pour Agnès et Julien. Lui reviennnent les souvenirs de la relation viciée à ses parents et, surtout, de cette nuit où le destin familial a basculé dans l’horreur. Peut-être Julien finira-t-il par apprendre s’il est réellement responsable de la folie de sa soeur, de la dislocation de sa famille, comme il le pense depuis des décennies.
Cette lecture m’a fait penser à deux romans que j’avais appréciés et trouvés forts : Si tu passes la rivière, de Geneviève Damas, pour la violence des non-dits dans les familles rurales et En finir avec Eddy Bellegueule d’Édouard Louis pour la figure du père tyrannique.
Par ce premier roman, Hélène Zoler démontre une grande maitrise de la construction narrative, enchassant les époques, distillant les révélations de manière à titiller le lecteur ou la lectrice. J’ai beaucoup aimé certaines formules de cette plume déjà bien affirmée. Je me réjouis de la retrouver au cœur d’autres pages.
Nathanaëlle Pirard
Écrivaine, Alumni, Faculté de Philosophie et Lettres
Hélène Zoler, La nuit des cochons, Murmure des Soirs, 2026, 220 p.
