Laura Vasquez : Les forces
On ne sort pas indemne du roman de Laura Vasquez, Les forces. On le sait : c’est un roman que l’on n’oubliera pas. Un livre qui percute, bouleverse, dérange, met sens dessus dessous, emmène ailleurs, très haut, très bas, trop vite, qui plonge profond, qui donne le vertige. Est-ce un roman, d’ailleurs ? Oui, il existe bien une trame narrative, celle d’un parcours initiatique dans des univers aussi surprenants qu’oniriques. Au départ de cette trame, une pensée foisonnante sur la vie, le vivant, le temps, la politique, l’ordre social, des milliers de questions... Tout cela se tient, en équilibre précaire, au bord de la rupture. La tonalité générale est sombre, parfois angoissante, avec cependant une forme d’humour et de dérision. L’autrice voyage sans cesse entre le dedans et le dehors, la mise à distance, zoome et dézoome dans un jeu de miroirs qui peut donner le tournis. L’écriture est brute, tranchante, presque automatique, les phrases courtes, comme si les mots eux-mêmes traçaient le chemin. Au cœur de ce singulier mélange de genres, partout, et surtout là où on ne l’attend pas, surgit la poésie (ndlr Laura Vasquez a reçu le Goncourt de la poésie en 2023). « Je dormais sur le sol. Il faisait bon. Je m’asseyais sur le bord d’un ruisseau et je ne faisais rien. Si on m’avait dit : que fais-tu ? J’aurais répondu : rien. Et si on m’avait dit : tu perds ton temps. Tu ne vis pas comme il faudrait. J’aurais répondu beaucoup de silence ».
Dominique Lafontaine
Sciences de l'éducation
Laura Vasquez, Les forces, Éditions du sous-sol, 2025, 294 p.
