Portraits des personnalités qui ont donné leur nom aux amphithéâtres du B31
Criminologue
Première femme à décrocher, en 1967, un doctorat en criminologie à l’Université de Californie à Berkeley, Marie-Andrée BERTRAND a enseigné, pendant plus de trente ans, au sein de l’École de criminologie et du Centre international de criminologie comparée de l’Université de Montréal. Ses recherches se concentrent sur les rapports entre les femmes et le droit pénal, le contrôle social, les politiques en matière de drogues ainsi que les inégalités fondées sur le sexe, la classe ou l'appartenance ethnique.
Entre 1969 et 1973, elle a participé aux travaux de la commission Le Dain : elle y défend une position novatrice en recommandant la légalisation de l’usage de drogues à des fins non médicales. Engagée dans les luttes contre les discriminations, elle plaide en faveur de l’égalité de sexes et de la justice sociale. Ses ouvrages sur la criminalité chez les femmes ainsi que son évolution et les réactions sociales qu’elles engendrent demeurent des références incontournables.
Philosophe – Sociologue
Considéré comme l’un des fondateurs de la sociologie (terme qu’il a lui-même inventé), Auguste COMTE a développé une théorie appelée philosophie positive (ou positivisme) qui place la science au centre de la société. Formé à l’École polytechnique de Paris, il est convaincu que le progrès sans cesse croissant au lendemain des diverses révolutions politiques en France et dans une société préindustrielle permettra d’apporter toutes les réponses.
Il crée ainsi la « Loi des trois états » selon laquelle chaque individu, science ou société connaît trois étapes d’évolution : l’âge théologique, l’âge métaphysique et l'âge positif. Il voit dans la sociologie un moyen de résoudre les problèmes sociaux en passant par la réorganisation de la société. Défenseur de la laïcité, il fait de l’Humanité un idéal qu’il place au cœur de la société, de la politique et même de la religion.
Juriste – Homme politique
Surnommé le « Papinien liégeois » (en référence au jurisconsulte de la Rome antique) ou l’« oracle du droit liégeois », Charles de MÉAN est né dans une famille d’hommes ayant exercé des fonctions au sein du pouvoir local. Après des études de droit à l’Université de Louvain, il entreprend une carrière politique et occupe plusieurs postes auprès du prince-évêque de Liège. Il est élu bourgmestre de Liège en 1641 puis en 1646 alors que la ville est déchirée par un conflit politique et sanglant qui oppose les Chiroux aux Grignoux.
Il est l’auteur d’un ensemble de six volumes (1652-1669, 1678) qui compilent pour la première fois par écrit les lois, coutumes et traditions de la principauté de Liège. Il y aborde notamment le droit privé (pour les successions et les biens) et le droit canonique. Homme érudit, il multiplie les références au droit romain et compare le droit liégeois avec d’autres textes similaires. Son œuvre reste une référence pendant plusieurs siècles auprès des magistrats locaux.
Juriste – Homme politique
Après ses études en droit et débuts de carrière dans la magistrature, Alexis de TOCQUEVILLE se rend aux États-Unis afin d’analyser le système des prisons américaines et de comparer les démocraties française et américaine. Sur la base de cette expérience, il écrit deux ouvrages qui lui permettent d’entrer à l’Académie française et entame une carrière politique. Après la Révolution de 1848 et l’avènement de la IIe République, il est sollicité pour rédiger une nouvelle Constitution et accepte le poste de Ministre des Affaires étrangères.
À ses yeux, l’égalité et la liberté dans un état de droit sont les garanties d’une société démocratique. Cependant, il perçoit les limites et dérives possibles d’un tel modèle où les citoyens seraient uniquement individualistes et matérialistes. Il se prononce en faveur de la liberté de la presse et de la suppression des colonies. Ses textes et sa pensée restent des références dans de multiples domaines, dont la science politique et la sociologie.
Juriste
Spécialiste française du droit pénal, Mireille DELMAS-MARTY a enseigné le droit privé et les sciences criminelles dans les Universités de Lille II, Paris XI et Paris I - Sorbonne. En 2002, elle est nommée Professeure au Collège de France et occupe la chaire en études comparatives et internationalisation du droit. Elle publie une vingtaine d’ouvrages de référence dans les domaines du droit pénal, du droit international, des droits de l’Homme, du droit comparé et de la théorie du droit.
En tant qu’experte, elle participe à la réforme du Code pénal français (1981-1986) sous la direction de Robert Badinter, au débat sur la révision de la Constitution dans le comité Vedel (1992-1993) et à des réflexions sur l'avenir de l'Europe (2001). Ses travaux et son engagement humaniste sont reconnus au niveau international. Elle reçoit le titre de Docteur honoris causa de huit universités, dont l’Université de Liège en 1991, et est aussi membre de l’Académie royale de Belgique.
Sociologue – Philosophe
Philosophe de formation, influencé par les théories d’Auguste Comte, Émile DURKHEIM est le premier en France à considérer la sociologie comme une science à part entière. Alors qu’il entame sa carrière de professeur en sciences sociales à l’Université de Bordeaux, il y crée le premier département de sociologie à la fin des années 1880. Il établit les bases théoriques de cette science tant au niveau des concepts que de la méthodologie, par exemple en utilisant des données statistiques pour mettre en avant des comportements récurrents.
Il s’intéresse aux phénomènes sociaux qu’il considère comme des faits et cherche à établir leurs implications sur la volonté et l’autonomie de l’individu. Ses nombreux ouvrages, utilisés tant en sociologie qu’en anthropologie, abordent le suicide, la division du travail comme moyen de maintenir et légitimer l’ordre de la société, le rôle des écoles dans l’éducation, l’importance des émotions dans la cohésion sociale, les représentations collectives et les croyances religieuses.
Anthropologue – Ethnologue
Deuxième femme à entrer, en 1982, au Collège de France, Françoise HÉRITIER succède au sociologue Claude Lévi-Strauss qui fut un de ses professeurs. Dans les années 1950, elle entame ses premières études de terrain en se rendant en Afrique de l’Ouest, principalement le Burkina Fasso. Elle travaille ensuite au Centre National de la Recherche Scientifique.
Ses travaux inspirés de la pensée structuraliste s’intéressent, d’une part, aux systèmes de parenté et aux structures d’alliance et de mariage et, d’autre part, à la symbolique du corps. Dans son analyse des rapports entre hommes et femmes, elle crée la notion de « valence différentielle des sexes » mettant en lumière la domination universelle du masculin sur le féminin. Féministe convaincue, elle prend part aux débats publics et défend la contraception comme moyen d’émancipation des femmes. Sa carrière lui vaut de nombreuses distinctions parmi lesquelles les grades d’officier de la Légion d’honneur et de commandeur des Arts et Lettres.
Juriste – Homme politique
Après des études à l’Université de Louvain puis une thèse de doctorat soutenue à l’Université de Liège en 1832, François LAURENT entame brièvement une carrière d’avocat au Grand-Duché du Luxembourg. Français d’origine, il obtient la nationalité belge en 1839, quelques années après avoir commencé à enseigner à l’Université de Gand. Il est l’auteur de nombreux ouvrages dont une analyse du droit civil (33 volumes) et une histoire de l’humanité (18 volumes).
Considéré comme l’un des plus grands spécialistes du droit civil de son temps, il est contacté, en 1880, par Jules Bara, Ministre de la Justice, pour revoir et actualiser le Code Napoléon de 1804. Dans son Avant-projet (1882-1884), il met en avant certaines contradictions, notamment dans le statut d’incapacité des femmes mariées (donc soumises à l’autorité masculine). Engagé politiquement et membre du Conseil communal de Gand, il défend des positions fortes en recommandant une scolarité obligatoire et laïque ou en favorisant l’épargne des ouvriers.
Juriste – Sociologue – Économiste
Titulaire de deux doctorats de l’Université de Liège, l’un en droit administratif et social et l’autre en sciences politiques et administratives (sous la direction d’Émile de Laveleye), Ernest MAHAIM a mené une carrière académique à Liège et à l’Institut de sociologie Solvay à Bruxelles. Fondés sur le droit, l’économie et la sociologie, ses travaux portent sur les questions sociales et les associations professionnelles.
Attentif à la protection des travailleurs au niveau international et défenseur du progrès social, il est l’un des premiers à concevoir des réformes sociales alors que les révoltes ouvrières se multiplient. Dans les conflits sociaux, il préconise la conciliation plutôt que la confrontation. Il exerce de nombreuses fonctions dans les administrations et institutions (dont Ministre de l’Industrie, du Travail et du Ravitaillement en 1921). Il est l’un des fondateurs de l’Association internationale pour la Protection légale des Travailleurs, créée à Paris en 1900.
Philosophe - Économiste
Indissociablement lié au communisme et à la lutte des classes, Karl MARX est l’auteur de plusieurs ouvrages dont le Manifeste du parti communiste (1848) et Le Capital (1867). Analysant la société au travers de l’ensemble de ses structures économiques, politiques et idéologiques, il s’engage dans les révolutions et mouvements ouvriers qu’il considère comme un moyen d’émancipation.
Ses réflexions combinent des éléments relevant de la philosophie, de l’économie, de la politique, de l’histoire et du droit. Il est à l’origine de concepts fondateurs dans les sciences humaines et sociales comme la conscience de classe, l’aliénation, les mécanismes d’exploitation, les forces productives ou encore le rôle de l’idéologie dans la reproduction des rapports de domination.
Anthropologue – Ethnographe
Formée en psychologie, Margaret MEAD est une chercheuse influente dans le domaine de l’anthropologie culturelle. Après avoir suivi les enseignements des anthropologues Ruth Benedict et Franz Boas, ce dernier étant considéré comme le fondateur de l’anthropologie américaine, elle entame à l’Université de Colombia en 1925 une thèse de doctorat sur les mœurs sexuelles des adolescents et adolescentes des îles Samoa : l’ouvrage rencontre le succès dès sa publication.
Elle rédige une vingtaine de livres qui abordent l’éducation, la sexualité, les questions de genre, le droit des femmes et l’observation ethnographique (elle est l’une des premières à utiliser les photographies et films pour documenter ses voyages). Sa carrière la conduit à enseigner dans plusieurs universités américaines et à travailler jusqu’à son décès à l’American Museum of Natural History de New York. Engagée dans les débats publics sur l’éthique de son époque, elle a à cœur de vulgariser ses recherches : l’UNESCO lui accorde en 1970 le prix Kalinga.
Sociologues – Économiste et Femme politique
Les époux Weber, tous les deux sociologues allemands, ont mené des carrières en parallèle.
Formé en droit et en économie, Max WEBER est considéré comme le fondateur de la sociologie compréhensive. Il met au centre de ses recherches l’individu et le processus de rationalisation. Professeur dans différentes universités, il rédige de nombreux travaux, notamment sur la domination, les jugements de valeur, l’« idéal-type », l’éthique de la société et l’action sociale.
Marianne WEBER s’engage dans les combats politiques et féministes. Elle rédige un ouvrage dans lequel elle retrace, à travers l’histoire, la condition juridique des femmes mariées (1907). Elle a étudié le rôle des femmes dans la production des connaissances, la place des femmes dans le couple et les différences entre les sexes. En 1919, elle est l’une des premières femmes à siéger au parlement de Bade. Elle se consacre à l’édition des travaux de son époux après le décès de celui-ci. En 1922, elle obtient le titre de docteur honoris causa de l’Université d’Heidelberg.
Politologue
Intéressée par les questions internationales et les relations diplomatiques, Catherine ZWETKOFF obtient, en 1977, le titre de docteur en défendant une thèse sur les fondements socio-psychologiques des attitudes politiques du personnel communal liégeois. Un an plus tard, elle entame sa carrière au département de science politique où elle est la première femme à occuper une chaire académique.
Après un séjour scientifique à l’Université du Delaware aux États-Unis, elle oriente de manière novatrice ses thématiques de recherche autour de la planification d’urgence, de la communication de crise et de l’analyse des politiques publiques en faisant appel à des spécialistes d’autres disciplines (ingénieurs, vétérinaires, etc.). Elle participe à des projets de recherche interdisciplinaires européens. En 1995, elle fonde à l’Université de Liège un centre de recherche fondamentale et appliquée autour de la gouvernance et du risque : le SPIRAL (Scientific and Public Involvement in Risk Allocations Laboratory).
